LES ÉCRANS CITOYENS, SAISON 2008-2009
Cycle : LE CINÉMA DE L'INSURRECTION
lundi 13 octobre à 20h, soirée inaugurale

LES ABYSSES (France, 1963)
de Nico Papatakis,
En présence de Nico
Papatakis et de Francine Bergé
« Magnifique et étrange film où la raison
est du côté
de la folie, le paradis au plus profond
de l'enfer, où
l'amour est peint sous la figure de la
haine. Il montre
la révolte nue. Papatakis a réussi la
prouesse de
sauver l'horreur par la beauté sans jamais
la trahir :
sans qu'elle cesse d'être horrible.
Un des plus grands films que j'aie
jamais vus. »
Simone de Beauvoir
Les Écrans citoyens sont fiers d'inaugurer leur cycle annuel avec ce
film extraordinaire, archétype du cinéma de l'insurrection, très peu diffusé
depuis sa sortie, et dont la violence, la « révolte nue », l'exceptionnelle
puissance de subversion n'ont peut-être jamais été égalées à l'écran. La trame
du film est inspirée des Bonnes de Jean Genet, qui lui-même s'était
inspiré du fait divers des sœurs Papin : ces « bonnes » qui assassinèrent leur patronne et sa fille, d'atroce façon et
sans mobile apparent, au Mans, en 1933, et qui inspirèrent à plusieurs
intellectuels — dont Jacques Lacan — des
interprétations où s'imbriquaient philosophie, politique et psychanalyse. Jean
Genet, dont Papatakis avait produit Un chant d'amour, estimait sa pièce
démodée et ne souhaitait pas que Papatakis l'adapte ; Papatakis passa outre et
inversa la donne : ce ne sont plus les
patrons qui ici tyrannisent leurs domestiques, mais ces dernières qui
tyrannisent leurs patrons. Métaphore voilée de la guerre d'Algérie finissante, les
Abysses est un des derniers cris d'une histoire du cinéma qui en
sera bien avare par la suite. C'est aussi le premier film qui fit l'objet d'un
manifeste collectif, signé par des intellectuels de premier plan (Simone de
Beauvoir, Jean-Paul Sartre, André Breton, parmi d'autres), intitulé « Le cinéma nous donne sa première tragédie »,
et qui fut publié à la une du Monde.
Nico Papatakis et Francine Bergé ont accepté de rehausser de leur présence
cette projection, qui sera suivie d'un débat. La soirée sera dédiée à la mémoire
de Colette Bergé, interprète d'un des deux rôles principaux, et qui
nous a quittés en mars dernier.
Tarifs : 5 € (tarif plein) et 4 € (tarif réduit)
au plus tard à 19 h 45.




















