
Cycle : LE CINÉMA DE L'INSURRECTION
Peter Watkins, la crise des médias et le
Libre-penseur (Fritänkaren) [Suède, 1994, 4 h 30'] aux
Écrans citoyens
Dimanche
8 février 2009, de 14 h à 23 h
Les Écrans citoyens vous proposent une expérience inédite
: une journée entière avec Peter Watkins non seulement autour de son film le
Libre-penseur, mais autour de la crise des médias que le cinéaste a analysée
dans son livre Media Crisis (2002). Le grand cinéaste —
rejoignant là, au-delà de toute espérance, l'esprit des Écrans citoyens — a
souhaité que cette rencontre avec le public puisse tout simplement avoir le
temps d'avoir lieu et ne pas tomber elle-même dans ce refus de la
temporalité qui caractérise notre époque (et particulièrement ses images), et
que son œuvre n'a cessé d'épingler.
Le Libre-penseur évoque la vie et l'œuvre du dramaturge suédois
August Strindberg (1849-1912), de la même manière que l'Edvard Munch du
cinéaste (que Bergman considérait comme le plus grand film jamais consacré à un
artiste) évoquait la vie et l'œuvre du grand peintre norvégien, par trois
aspects privilégiés d'une vie : l'influence de son enfance sur sa personnalité
et sur son œuvre, le sens de sa relation avec sa première femme, et la manière
dont il se confronta aux injustices sociales de son temps.
Watkins réalise ici un de ses plus grands films. Sa
démarche est fondée sur l'humilité : un
effacement complet derrière son sujet, qui lui permet de restituer à son héros
l'unité de tout destin humain, plongeant celui de Strindberg, contrairement à
tant de biographies filmées, dans les méandres de la société de son temps, et démontrant
ainsi à quel point toute existence est conditionnée par un contexte — et
par-dessus tout par une enfance.
Dans l'ensemble de son œuvre, Peter Watkins n'a cessé
de dénoncer ce qu'il appelle la Monoforme : le mitraillage médiatique des
images et des sons, la narration répétitive et fragmentée, auxquels nous soumet
depuis 30 ou 40 ans le langage audiovisuel, et qui n'a d'autre objectif que de
nous diviser, de détruire chez les citoyens tout sens du collectif, afin de
formater nos consciences par une relation brutale, passive et vigoureusement hiérarchisée
entre un public et son film.
Le Libre-penseur a été conçu en réaction à cette tyrannie. Le
film tente, à différents niveaux, d'ouvrir l'espace du film au public. Les scènes
durent beaucoup plus longtemps que celles auxquelles nous sommes habitués ; très
souvent, nous voyons où elles commencent et où elles finissent, dans le respect
de leur temporalité réelle : et nous en devenons ainsi en quelque sorte le
spectateur actif. C'est de cette manière que Watkins, au départ d'un destin
singulier, rejoint ses préoccupations sur les mass media d'aujourd'hui. Le
Libre-penseur suit un rythme inverse, et la longueur du film, au lieu
d'engendrer l'ennui, permet au contraire à chacun de devenir acteur lui aussi,
de réfléchir, de réagir, de s'opposer.
Mais l'originalité supplémentaire du Libre-penseur
vient de ce que son mode de production et de tournage ont concrétisé sur un
plateau la thématique même du cinéaste, en faisant de ce film une expérience
unique dans l'histoire du cinéma. Watkins obtint en effet, en 1992, que la
Nordens Folk High School finance le film comme un cours d'audiovisuel. Le
Libre-penseur qui s'ensuivit est ainsi le fruit d'une expérience collective
de deux années avec les élèves d'un lycée suédois, qui participèrent, à égalité
avec le cinéaste, à toutes les étapes de la création.
Le débat que les Écrans citoyens et Peter Watkins
proposeront ce 8 février au public ne se limitera pas au Libre-penseur,
mais sera l'occasion, au départ de ce film, de réfléchir et de discuter avec
lui, avec franchise et lucidité, sur le rôle joué par les médias d'aujourd'hui
dans notre perception du monde.
C'est pour toutes ces raisons que notre rencontre
avec Peter Watkins ne pouvait, sous peine d'être dépourvue de sens, que se
faire sur une véritable durée : celle d'un dimanche, d'une salle de cinéma
accueillante, et d'un cinéaste généreux de son temps. Il est évident que ceux
qui ne souhaiteraient assister qu'à la projection du film sans assister au débat
sont également les bienvenus. Mais ils manqueront sans doute l'essentiel de
cette journée exceptionnelle.
Emmanuel Leclercq
Président des Écrans citoyens
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Renseignements
pratiques
Date : Dimanche 8 février 2009
Ouverture
de la salle : 13 h 30.
Accueil
de Peter Watkins : 14 h 00.
Projection
du Libre-penseur : 14 h 15 - 18 h 45.
Pause-sandwich
(sandwiches et boissons pourront être achetés
sur
place) : 18 h 45 - 19 h 30.
Débat
avec Peter Watkins : 19 h 30 - 23 h 30.
Lieu : Studio des Ursulines, 10 rue des
Ursulines, 75005 Paris (bus 21
et
27 (Feuillantines), 38 et 82 (Auguste Comte), 84 (Panthéon)
—
RER B, station Luxembourg, sortie rue Abbé de l'Épée —
M °
Censier-Daubenton).
Tarifs : 10 € (tarif plein) et 8 €
(tarif réduit réservé aux membres de
l'association Les Écrans citoyens). Les sandwiches et les
boissons ne sont pas compris dans ce forfait mais pourront
être
achetés sur place à prix très modéré.
Réservation recommandée :
* Les Écrans
citoyens : 01 77 13 78 84 (laisser un message en indiquant vos nom et prénom,
le nombre de places souhaité, de même que le nombre de sandwiches et de
boissons que vous souhaitez acheter sur place) ;
* lesecranscitoyens@laposte.net
Les places ainsi réservées devront être retirées à 13 h 45 au plus tard, après quoi elles seront redistribuées en fonction de la demande.
Les Écrans Citoyens, ciné-club de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, est une association loi 1901 créée entre les deux tours des élections présidentielles de 2002 dans un esprit de résistance et d’indépendance.
Son activité, depuis cinq ans, consiste à organiser des projections suivies de débats afin de contribuer à la réflexion politique. Le cinéma est ainsi utilisé comme un passeur d’idées et un vecteur de discussion sur les problèmes du monde dans lequel nous vivons et tout particulièrement des sujets ignorés ou peu traités dans des débats publics.
Parmi les thématiques abordées jusqu’à présent :
- Jean-Paul Sartre et le cinéma,
- précarité et marginalité,
- cinéma et antiracisme,
- les génocides,
- les fanatismes religieux,
- cinéma et engagement,
- l’entreprise aujourd’hui et le citoyen ...
Ils ont notamment accueilli les cinéastes Jean-Luc Godard, Bruno Muel, René Vautier, Jacqueline Veuve, Luc de Heusch, Serge Roullet, et des intervenants prestigieux tels Elisabeth Roudinesco.
Ils ont programmé des films rares et même inédits, comme l’intégralité des courts métrages réalisés au Brésil par Claude Lévi-Strauss entre 1935 et 1937.


















